• En théorie

    L’étonnante surfusion

    Si vous n’aviez pas encore vu d’expérience – de preuve – du phénomène de surfusion, en voici un exemple. Pour rappel, la surfusion « est l’état d’une matière qui demeure en phase liquide alors que sa température est plus basse que son point de solidification » (wiki), et c’est ce qui se produit pendant le givre. Dans le cas de la vidéo, l’eau est donc à une température inférieure à 0°, en surfusion, et c’est le choc de la bouteille sur la table qui crée la perturbation qui mène l’eau à se solidifier. Moi qui pensais que l’eau à 0° se congelait parce que c’était une loi immuable.. que nenni !

  • En théorie

    L’était tout’ geuvrieuse

    Début XIVes. geuvrieuse « couverte de givre » d’où *geuvre , XVes. joivre, 1611 givre (CNRTL). Les vacances sont bien finies en ce 9/9/19 : la nuit a été bien froide. L’occasion de découvrir le phénomène de la gelée tant redoutée et ses amis. Introduisons le sujet avec ce petit extrait très clair :

    En passant sur des surfaces de la terre couvertes d’eau ou même simplement humides, l’air les dessèche en pompant l’humidité. L’air dissout d’autant plus l’eau qu’il est plus chaud ; mais cette faculté dissolvante a des bornes; et, une fois que l’air est saturé, il n’en dissout plus. Si l’air bien chargé d’eau dissoute vient à se
    refroidir par une cause quelconque, il sera forcé d’abandonner de l’eau.

    Quand on se promène en hiver, et qu’il gèle,
    l’haleine ressemble à de la fumée, parce que l’air n’est pas assez chaud pour la dissoudre sur-le- champ ; dans l’été, au contraire, ou dans un lieu échauffé, elle est dissoute à l’instant, et par conséquent n’est pas visible

    L. F. Dubois, Cours complet et simplifié d’agriculture et d’économie rurale et domestique, Tome 1, Paris, 1824, Gallica

    Ainsi on voit ce qui se passe pendant la rosée : la nuit, la température diminue, l’humidité de l’air froid se pose sur les surfaces froides en se condensant en gouttelettes fines.

    La rosée blanche, c’est quand cette rosée s’est déposée (passage de l’état gazeux à l’état liquide), puis qu’il vient à geler : l’eau se chance alors en glace (état solide).

    La gelée blanche, c’est quand l’humidité de l’air, sous forme gazeuse donc, se pose sur des surfaces dont la température est déjà inférieure à 0°C : elle passe alors directement à la forme solide, dans passer par la phase liquide. Son aspect est opaque et ressemble à des aiguilles.

    Le givre est un phénomène assez paranormal. Pour commencer, intégrons que l’eau peut rester à l’état liquide jusqu’à -39°C : la réaction de congélation de l’eau a besoin d’une perturbation pour démarrer (vibration, impureté, choc…(source)) : elle passe alors à l’état solide et voici, c’est le givre. La source du givre est un nuage ou du brouillard. Son aspect est opaque et granuleux.

    Alors, rosée, gelée ou givre ?

  • En théorie

    Les siliqueux

    On connait bien la Lunaire, dite aussi Monnaie du pape, aux magnifiques « feuilles » nacrées. Comme on s’en doute au fond de nous, ce que l’on cueille pour faire nos bouquets secs, ce ne sont pas vraiment les feuilles.

    En fait, ce sont les fruits. Et ce fruit sec, ça s’appelle la silique. Il est caractéristique des Brassicacées, et quelques autres plantes. Donc en observant une roquette en graines, on se rappelle sans surprise que c’est une Brassicacée. Tout comme la Lunaire, qui porte des fruits plutôt ovales qu’allongés, qu’on appelle alors silicules.

    Silique vient du latin siliqua : cosse, gousse, lui-même issu de l’indo-européen (s)kel : couper, qui donne aussi silex, scalper.

    En effet, la silique est un fruit déhiscent, c’est-à-dire qui s’entrouvre. On le voit bien sur la Lunaire : la capsule s’ouvre, les deux ailettes tombent, les graines se décollent de la membrane nacrée. En termes exacts, on dirait : la capsule s’ouvre, les deux carpelles tombent, les graines se décollent de la cloison surnuméraire. En fait les carpelles sont des placentas, ce sont eux qui produisent les graines dans la grande loge qu’est la capsule. Puis se forme cette cloison nacrée au milieu de la loge. Les graines restent attachées au cadre placentaire qui entoure cette cloison grâce au funicule, puis se détachent.

    Bon c’est un peu compliqué, mais on en retiendra que pour nos bouquets, on peut utiliser de la roquette et du chou !

    Ce qu’il reste de la roquette

    Pour en savoir plus et voir des schémas qui aident sur Biologie et Multimédia de l’Université de Paris 6.

  • En théorie

    Aigle ou mâle

    Nous avons deux types de fougère ici, et il m’importait de pouvoir les identifier. De fait, il y a la fougère aigle et la fougère mâle. Voici quelques clés de comparaison pour les reconnaître. Notons que chaque « tige » s’appelle une fronde, composée d’un pétiole et d’un limbe.

    La fougère aigle

    Cette grande variété peut atteindre plus de 2m de haut. Sa fronde est composée de divisions primaires, secondaires et tertiaires. Les pennes se situent l’un en face de l’autre. Les pinnules sont bien individuelles, soudées directement à leur axe (sans qu’on ait l’impression qu’il y ait une tige qui relie les deux). Au verso de la feuille, les pinnules sont légèrement recourbées sur elles-mêmes, et c’est là qu’elles porteront les sporanges (qui contiennent les spores).

    La fougère mâle

    Plus menue, elle mesure plutôt 1m. La fronde ne porte que deux niveaux de division et les pennes sont implantés de façon alternée sur l’axe. Les pinnules sont aussi bien individualisées et soudées à leur axe. Au verso, elles portent leurs sporanges bien visibles, en petits cercles sur chaque pinnule.

    Gardons en tête que les deux ont des actions similaires en PNPP, sauf concernant l’aspect fongicide. Par ailleurs, pour pailler les légumes contre le gel, mieux vaut utiliser l’aigle, car les spores de la mâle se déposent sur eux et c’est difficile à laver ensuite.

  • En théorie

    Je suis une fougère

    Bizard, aquiline, commune, impériale, porte-aigle… dite aussi grande fougère ou, plus communément, fougère aigle. Pteridium aquilinum (du grec pteris : fougère et aquila : aigle…).

    D’abord, pourquoi ce nom ? Deux explications sont en concurrence : soit le haut de la plante rappelle ce rapace, soit c’est la tige qui, sectionnée proprement, rappelle un aigle impérial à deux têtes.

    Coupe d'une crosse de Pteridium aquilinum
    Rasbak, Coupe d’une crosse de Pteridium aquilinum

    Elle pousse un peu partout, facilement en altitude, plutôt dans des sols profonds et acides. Elle a un don pour l’invasion grâce à ses rhizomes qui s’étendent en contournant les obstacles, produisant des clones qui permettent à la colonie d’avancer sur le territoire. Par ailleurs, la colonie bloque la levée de dormance des graines, donc seules les graines qui éclosent avant que les frondes se développent ont une chance.

    Du coup la bonne nouvelle, c’est que c’est une ressource abondante. Et la vraie bonne nouvelle, c’est qu’elle a de nombreux avantages pour le jardin.

    La fougère se reproduit grâce à ses rhizomes, qui étendent la colonie clonale, ou grâce à ses spores. C’est donc une reproduction non sexuée, qui ne donne ni fleur ni graine. D’où la légendaire fleur de fougère du folklore slave.

    Paillage

    Fraiche, elle constitue un paillage intéressant grâce à sa structure : faciles à manipuler, les feuilles s’entremêlent et font un petit réseau, ce qui garantit qu’elle ne sera pas soufflée à la première bourrasque. Dans les couloirs de vent, je dispose des tronçons de tiges au-dessus pour faire un peu de poids.

    En fanant, elle attire les limaces tout en les intoxiquant. Ce manteau éloigne la piéride du chou tout en stimulant l’activité métabolique et de synthèse de la plante.

    Une fois fanée, on l’utilise aussi pour faire un bonnet anti-gel aux légumes d’hiver.

    Ce serait à vérifier, mais wiki nous apprend que bien qu’elle indique un sol acide, elle n’acidifie pas elle-même le sol et va plutôt en l’améliorant grâce aux grandes quantités de chaux qu’elle contient. Du coup, on peut espérer qu’en l’utilisant en mulch elle rende disponible le calcaire pour les autres plantes. Ce serait particulièrement une bonne idée pour les tomates qui sont parfois sujettes à des petites carences (dans le cas où la cause serait réellement une carence dans le sol et non une incapacité de la plante à l’assimiler).

    Purin

    Souvent les purins permettent de donner un coup de fouet ou de prévenir les problèmes. Pour cette fois, le purin de fougère est une action curative insecticide dont l’odeur perturbe et repousse les méchants. On le prépare comme d’habitude, 1kg pour 10L d’eau, dans un fût à l’abri de la lumière, qu’on touille chaque jour jusqu’à ce que la fermentation soit visiblement terminée.

    Diluée à 10%, elle a montré des actions contre le taupin, le puceron lanigère, la cochenille des agrumes, la cicadelle de la vigne.

    Infusion

    Infusée dans une eau à 100°, elle donne le meilleur d’elle-même en temps que fongicide.

    Sources

    • Purin d’ortie et compagnie, Éditions de Terran, 2009
    • Guide technique des préparations à base de plante, Agrobio 47, Décembre 2012
    • Pteridium aquilinum

  • En théorie

    Les PNPP

    Ce sont les Préparations Naturelles Peu Préoccupantes. Elles regroupent des actions de phytothérapie qui permettent d’améliorer la stimulation d’une plante, la prévention des problèmes ou les action curatives. L’idée c’est que le produit soit absorbé par la plante, notamment par les cellules situées sous les feuilles qui font l’interface avec le monde extérieur pour les échanges eau/CO2.

    Pour faire un petit tour du sujet, voici le guide très complet et très clair d’Agrobio47.

    Forte de cette lecture, quelques rappels importants concernant les propositions évoquées la dernière fois contre les altises.

    Pour les décoctions et tisanes : gardons en tête que toute la phase de macération/cuisson/refroidissement se fait avec un couvercle pour éviter aux principes actifs de se promener dans l’air.

    Les préparations de sureau et d’ail sont ensuite utilisées pures en pulvérisation sur les feuilles, à l’aide d’un pulvérisateur. La circulation de la sève étant dynamique plutôt dans la partie haute de la plante le matin, on pulvérise plutôt très tôt le matin pour une assimilation optimale. Il faut veiller à asperger également le revers des feuilles car, déjà, on y trouve une grande concentration d’altises, et d’autre part, l’assimilation par les feuilles se fait par les stomates, qui sont majoritairement situés là.

    Par ailleurs, j’asperge également le pied des plants, plutôt le soir, quand la circulation de la sève est plus active vers les racines. Ça permet aussi, j’espère, de déranger les larves et les œufs qui se trouvent dans la terre. Déjà parce que ces préparations puent pour eux, et aussi parce que l’humidité n’est pas la passion des altises.

    On peut rajouter à ces préparation un mouillant, un additif qui modifie la tension superficielle de l’eau. Il permet de pulvériser en brume légère en évitant que les micro gouttes d’eau se rejoignent pour former une goutte d’eau, laquelle glisserait le long des feuilles au lieu de rester dessus. Il permet donc d’augmenter l’efficacité en permettant à la préparation de demeurer sur la feuille plus longtemps. On peut utiliser de l’argile verte délayée à raison de 2 ou 3 cuillers pour 10L d’eau, ou 100g de savon noir (qui a aussi des propriétés insecticides) pour 10L.

    Fougère aigle devant la serre
  • En théorie

    Moro le rapide

    Il est trapu, il vole comme un colibri en battant des ailes à fond, il peut rester immobile en vol, il a une longue trompe comme un long bec, et son vol hyper rapide vrombit… Il est complètement inoffensif, c’est le Moro-sphinx.

    Aussi appelé Sphinx colibri, il s’agit d’une espèce de papillons de la sous-famille des Macroglossinae (qui est aussi une sous-famille des chauve-souris…), cette dénomination étant issue du grec makris : longue, et glôssa : langue. Même si on est d’accord, pour ce lépidoptère, il ne s’agit pas d’une langue mais d’une trompe.

    Et donc, Moro arpente les massifs de fleurs dont il prélève le nectar que les autres ne peuvent atteindre grâce à sa spectaculaire trompe, souvent en vol stationnaire.

    Il est parfois appelé Sphinx du caille-lait, en référence à cette famille de plantes, les gaillets. En effet les femelles les affectionnent pour y déposer leurs oeufs, desquels éclosent rapidement de superbes chenilles. Son petit nom latin Macroglossum stellatarum fait référence aux stellaires, ces petites fleurs en étoiles, dont les chenilles peuvent aussi se nourrir.

    Mais comme il n’est pas très rustique, c’est aussi un bon migrateur, quoi qu’apparemment on en trouve de jeunes spécimens de plus en plus tôt au nord de la France, qui seraient donc nés ici.

    Son vol peut atteindre 50km/h en pointe, et la vitesse de battement des ailes est de l’ordre de 75 par seconde. C’est beaucoup ! Ca change des gros balourds de papillons. Par contre, toute cette vivacité, ça consomme.. Moro passe donc la quasi-totalité de son temps à se nourrir. Pour pouvoir battre des ailes. Pour se nourrir.

    Photo Jerzy Strzelecki, Moro sphinx et fleurs de Verbena

    Une des Pages Entomologiques d’André Lequet pour en savoir plus.

  • En théorie

    Il est venu le temps

    Des rires et des chantsdes cathédralesdes myrtilles

    Elles poussent facilement en altitude, et facilement sur sol acide : vous m’en voyez ravie. Ce petit arbrisseau appelé myrtille donne donc un fruit appelé myrtille, quoiqu’on puisse aussi leur préférer le petit nom d’airelle ou bleuet (qui sont par ailleurs des plantes complètement distinctes).

    Les petits fruits de Vaccinium myrtillus sont en forme de globes qui pètent sous la dent et sont délicieux. On les cueille très bien à la main, globule par globule, en chantonnant dans les sous-bois, mais les plus pressés utilisent un peigne que les Vosgiens appellent riffle.

    La cueillette au peigne, car elle abime un peu le système végétatif de la plante, est réglementé par chaque département qui donne la date à partir de laquelle elle est autorisée. Mais pour l’Allier, je n’ai pas su trouver…

    L’élégante fleur de myrtille
  • En théorie

    Turquoise le métallique

    Ces papillons métalliques font partie du genre Adscita, aussi appelés Procris (car ils font partie de la sous-famille des Procridinae) ou Turquoises (car l’espèce type qui a servi à son découvreur en 1783 a été nommée Adscita turcosa). Il en existe de très nombreuses espèces, dont les plus observables ici sont Turquoise de la Sarcille et Turquoise des Cistes (plus rare), mais les différencier est assez compliqué, voire impossible sans un examen des pièces génitales. Nous nous arrêterons donc à dire qu’il s’agit d’un Turquoise :)

    Il faisait partie du sous-ordre aujourd’hui obsolète des hétérocères, c’est-à-dire des « papillons de nuit », par opposition au sous-ordre des rhopalocères qui sont les « papillons de jour ». Néanmoins, de nombreux « papillons de nuit » volent de jour, parfois exclusivement. En fait, ces deux anciens sous-ordres classaient ces insectes non pas selon leur préférence diurne ou nocturne, mais selon le type d’antennes. Ainsi, les rhopalocères (du grec rhopalon : massue et keras : antenne) ont des antennes en forme de… massue. Les hétérocères (du grec heteros : autre) regroupe toutes les autres formes d’antennes.

    Chez les Turquoises, les antennes des mâles sont massives et pectinées (en forme de peigne) alors que celles des femelles sont effilées.

    Les antennes des lépidoptères sont des organes olfactifs. Le fait d’en avoir deux séparés permet une meilleure efficacité dans la localisation de la source du parfum, un peu comme nos deux oreilles peuvent localiser les sons. Plus l’antenne est ramifiée, plus elle est efficace. Les papillons qui volent la nuit ont donc des antennes imposantes qui leur permettent de se repérer et de trouver leurs fleurs sans y voir goutte. Les mâles peuvent en avoir des plus grosses (!) que les femelles car ce sont eux qui vont suivre les pistes de phéromones qui les mèneront à leur belle. Notons pour finir que l’olfaction est un sens majeur des papillons, assuré non seulement par les antennes, mais aussi par la trompe, les palpes et les ailes. Un peu comme si on avait des narines partout ^^


    papillon Adscita, dit aussi Turquoise
    Dame Turquoise

  • En théorie

    T’es un pissenlit ou pas ?

    Dent-de-Lion, florin d’Or, laitue de Chien, coq, cochet, groin de porc, salade de Taupe, fausse Chicorée, couronne de moine, baraban, cramia… Autant de noms vernaculaire pour autant de plantes de l’espèce Taraxacum, qui regroupe plusieurs plantes comestibles. C’est le lot des fleurs communes que d’avoir plusieurs noms, dont certains désignent parfois plusieurs plantes. Ce qui n’aide pas à les identifier. Déjà qu’elles se ressemblent un peu toutes. Voilà pourquoi dès qu’on voit un pompon jaune on sera tenté de l’appeler un pissenlit. Alors qu’il pourrait s’agir de la porcelle, de l’épervière, de la picride, du laiteron… Souvent, l’observation de la fleur même ne donnera pas beaucoup d’indications, aussi vaut-il mieux regarder le reste. Ca vaut le coup de se pencher sur le sujet si on a l’intention d’en manger, entre autre.

    Un capitule de pissenlit

    Notons que toutes ces plantes font partie de la famille des Astéracées, aussi appelée famille des Composées. C’est que justement, ce pompon, qu’on appelle d’habitude une fleur, c’est en fait des fleurs. Dans notre pissenlit, chaque languette jaune, que l’on appelle à tort un pétale, est en fait une fleur. Et toutes ces fleurs sont groupées en pompon : le capitule. Ça donne envie de regarder de plus près non ? :)

    Vous trouverez sur Bota et Phyto so Flo de quoi faire pour différencier les Astéracées.