• En théorie

    La danse de l’abeille

    Les abeilles ne partent pas toutes à l’aventure, au hasard, pour trouver une source de nourriture abondante. Ce qui explique pourquoi certains buissons fleuris « bourdonnent » d’une grande activité. En effet, les ouvrières qui localisent un festin rentrent à la ruche et font passer le message en langage abeille : avec des signaux tactiles (on se tripote les antennes), olfactifs ou chimiques, ou encore par une série de mouvements très codés que l’on nommera poétiquement : danse. Notons que l’on ne danse pas pour rien; une découverte qui vaut d’être dansée est évaluée par rapport à la quantité de nectar, mais aussi à sa concentration en sucre.

    La danseuse est ainsi capable de transmettre de nombreuses informations, comme la direction à suivre par rapport au soleil (dont la course varie dans notre ciel, en plus, mais heureusement les abeilles possèdent un sens inné du temps qui passe, doublé d’une perception de la lumière polarisée du soleil qui leur permettent de savoir où est le soleil rien qu’en regardant un bout de ciel bleu), la distance à laquelle se trouve le banquet, la nature de ce dernier… Plusieurs types de danses ont été identifiées, comme la danse en rond ou encore la danse frétillante, qui implique de faire vibrer son abdomen en émettant un bourdonnement.

    Vous savez quoi faire la prochaine fois que vous trouvez un truc bon à manger ;)


    Abeille sur Cognassier splendide
    Apis mellifera sur Chaenomeles speciosa

    Pour en savoir plus, vous pouvez aller consulter cette mine d’informations. Vous pourrez par exemple découvrir la « danse de l’essaim »…

  • En théorie

    Le Grand collier argenté

    Grand collier argenté
Boloria euphrosyne

    Aussi connu sous le nom de Nacré sagitté, le papillon Boloria euphrosyne vole tout l’été près du sol, s’arrêtant régulièrement pour se nourrir de fleur comme la bugle. Notons les deux grandes « perles » blanches au milieu de l’aile, ainsi que sept autres le long de l’aile postérieure, qui lui valent son nom anglais : Pearl-bordered Fritillary.

  • En théorie

    Le fruticuleux

    On en voit souvent, mais on n’en sait pas grand chose… Lichen, c’est son petit nom issu du grec leikhên, qui désigne cet organisme qui vit par exemple sur l’écorce des arbres, comme un parasite, et c’est pourquoi « lichen » qualifiait aussi des maladies de peau (dartre, lèpre, cal…). D’ailleurs, l’étymologie est λει ́χειν : « lécher », ainsi que nous l’apprend le CNRTL : « La plante et la maladie ont été ainsi nommées en gr. parce qu’elles semblent lécher leur support. »

    Mais revenons à nos petits parasites. Après les avoir été classé avec les algues, puis les mousses, le lichen finit par avoir sa branche spéciale au sein du règne végétal, aux côtés des champignons et des bactéries, c’est-à-dire avec les « bizarres ». En effet toute la bande est rangée dans la section des Cryptogames (qui n’ont pas de fleurs) et dans la sous-section des Thallophytes (qui n’ont pas de racines, ni de feuilles, ni de tiges). Bref ils n’ont pas grand chose. Ça en fait déjà des petits avortons…

    C’est que la question est singulière. En 1867, le botaniste Schwendener fait l’hypothèse de la double nature des lichens, champignon et algue, sous forme de parasitisme. En effet, le terme symbiotismus n’est proposé qu’en 1877 par A.B. Frank : la symbiose est la vie en association intime et durable de différentes espèces, sous forme mutualiste ou parasitaire.

    Au terme de longues querelles et de moult recherches, nous en sommes là pour le moment : les lichens sont des organismes composites résultant d’une symbiose entre au moins un champignon (le mycobionte de l’affaire) et une algue ou une cyanobactérie (le phytobionte de l’affaire). Déjà je trouve ça dingue. La plupart des lichens nécessitent un troisième partenaire de type levure. Leurs corps s’appelle un thalle.

    La page wiki nous en apprend déjà beaucoup. Parmi la foule d’informations, si vous êtes pressés, retenons que :

    • le champignon fournit la protection, les sels minéraux, l’humidité / l’algue fournit les nutriments issus de sa photosynthèse
    • leur reproduction peut être asexuée, sexuée, végétative (ils se donnent toutes les chances là)
    • leur croissance est extrêmement lente : 5mm maximum par an
    • ils sont super résistants à tout : sécheresse, températures extrêmes (-196 à +90°C), rayons UV intenses
    • deux espèces de lichens ont été envoyés dans l’espace en 2005 lol
    • plusieurs animaux, notamment des papillons, des rennes et des humains s’en nourrissent
    • ils sont des indicateurs de pollution et peuvent notamment stocker des éléments toxiques, comme tous les champi, donc on devrait quand même faire gaffe avant de s’en nourrir. Mais quand ils sont là c’est plutôt que l’air est de bonne qualité
    • il existe des variétés toxiques
    • on a préparé du pain avec une petite cuiller de lichen moulu : ç’a un goût d’humus et de champignon, ça nous a plu. Il parait qu’il peut servir d’agent de fermentation et remplacer ainsi la levure, mais pour nous ça n’a pas réussi
    • ils ne causent aucun mal à vos arbres
    Evernia prunastri, dit aussi Mousse de chêne ou Lichen fruticuleux

    Pour en savoir plus sur l’histoire passionnante de la « découverte » du lichen et sur les controverses qui s’en suivirent, sur ce qu’est un lichen et tout et tout, je vous conseille l’incroyable, tant pas le fond que la forme, site de l’Association Française de Lichénologie.

  • En théorie

    Mais où est Mai ?

    Si vous aussi vous avez été surpris par le refroidissement sévère, tranquillisez vous ! Ce phénomène arrive tout le temps depuis la nuit des temps ! Un petit poème-boutade pour attendre les beaux jours :

    C’est un ménage d’enfer,

    L’almanach et le thermomètre

    Ne peuvent d’accord se mettre;

    L’un dit printemps et l’autre hiver.

    Nous avons un triste ordinaire

    De grêle, de pluie et de vent;

    Un grisâtre horizon, souvent

    Éclairé d’un coup de tonnerre.

    On dirait que le mois de mai

    Est relégué dans quelque idylle

    Ou que tel qu’un luxe inutile,

    Cette année on l’a supprimé.

    Emile Deschamps, Oeuvres complètes, 1872
  • En théorie

    Faire un œuf en 9 étapes

    Quand même, cette histoire de poule qui pond un œuf tous les jours, ça me tracassait. Et si aujourd’hui elle n’a pas pondu, est-ce par qu’elle a passé une mauvaise journée ? ou une mauvaise nuit ? Et pourquoi pas 2 par jour ? ou 18 ? Et pourquoi uniquement les oiseaux de basse-cour ?

    Dans la nature, les oiseaux pondent plutôt une fois par an, après la copulation. Il existe toutefois des exceptions, de ponte hors saison ou d’œufs non fécondés ; ce sont des cas minoritaires mais pas rares. Après des milliers d’années de sélection, nous avons fait de la poule un engin de ponte ultra efficace, avec en plus une nette augmentation le siècle dernier. Nous avons donc fait de l’anomalie la norme.

    Les poules sont dites de ponte ou de chair. Bien sûr on peut les engraisser et avoir des œufs, ces catégories ne font que refléter les efforts de sélection qui ont abouti à leur race. Monsieur Prangé nous met toutefois en garde dans sa prose imagée :

    On sait que les femelles obèses, dans beaucoup de classes d’animaux, sont impropres à la génération. Chez elles, la somme d’excitation nécessaire pour faire fonctionner les organes générateurs se trouve pour ainsi dire noyée dans la graisse.

    L. Prangé, Les poules bonnes pondeuses reconnues au moyen de signes certains, et indications pratiques pour faire des poulets et des volailles grasses, 1852

    :D

    Le cheminement commence au niveau des ovaires : environ chaque jour, un ovule, dit ovocyte, commence un développement d’à peu près 20 jours afin de devenir mûr : c’est le jaune d’œuf, savamment nommé vitellus. Après ça, il lui faudra 24h pour être pondu. Au cours des opérations, l’œuf se dote de blanc d’œuf, de chalazes qui maintiennent le jaune bien au centre, puis de membranes et enfin de la coquille.

    La coquille est constituée de carbonate de calcium, que la poule trouve dans son alimentation, notamment sous forme de gravier. La coquille d’un œuf pèse environ 5g, or aucune poule ne peut absorber quotidiennement assez de calcium pour suffire à cette demande jour après jour (une coquille représente 10% du calcium du volatile… c’est énorme). Hors période de ponte, le carbonate de calcium est stocké dans les os de la poule. En plus de ce qu’elles trouvent dans leur alimentation, elles utilisent donc ce calcium de réserve. Cela explique pourquoi les jeunes poules font des œufs plus petits, et pourquoi les coquilles en début de période de ponte sont plus solides. Un autre facteur limitant de la ponte est la chaleur : les poules ne transpirent pas, elles doivent donc haleter comme les chiens, ce qui crée une fuite de CO2, lequel sert à solubiliser le carbonate, ce qui diminue la quantité de carbonate de calcium disponible. Pour y remédier, il paraît qu’on peut leur faire boire de l’eau gazeuse !

    La coquille respire par des milliers de pores. C’est pourquoi il ne faut pas laver les œufs. Notons aussi qu’après la ponte, l’albumen, composé à 90% d’eau, se rétracte légèrement, créant ainsi une chambre à air entre les deux membranes. Cette poche servira au poussin à respirer pendant sa lente progression vers l’extérieur au moment de l’éclosion.

    La couleur de la coquille est définie par la génétique, alors que la couleur du jaune est donné par l’alimentation de la poule.

    Voici ici un document très complet du Dr P.FRESSY qui m’a aidé à comprendre. Le net regorge d’informations floues et parfois contradictoire, la littérature du XIXe est assez peu bavarde sur le sujet, et je n’ai pas de livre spécialisé sous la main. Si vous repérez des erreurs, n’hésitez pas à le faire savoir :)

  • En théorie

    L’melze

    Vous la nommez larix, en grec et latin; les Alpinoys la nomment melze

    Rabelais, Pentagruel

    Et nous héritons son nom commun des Alpinoys, voici le mélèze. Cette espèce pionnière ne craint ni le vent ni le froid. Fait notable : il est le seul conifère à perdre ses aiguilles en hiver… (des contes pour enfants ont des intrigues moins solides que ça). Mais comme ceux de sa race, il a des cônes ! Chaque arbre porte à la fois des cônes mâles, plutôt jaunes, et des cônes femelles à l’impressionnante couleur rose lorsqu’ils sont encore immatures. Les graines seront libérées à la fin de l’été et disséminées par les oiseaux et les mammifères.

    Les conifères sont des gymnospermes, et ils portent des cônes. Les cônes ne sont pas des fleurs mais des écailles agencées autour d’un axe central. A la base de chaque écaille se trouve le système reproducteur de la plante : les écailles mâles disséminent le pollen alors que les écailles femelles renferment l’oosphère. Il ne s’agit pas d’une strate de notre atmosphère, ni du dernier réseau social tendance ^^. En fait c’est l’équivalent d’un ovule, chez les gymnospermes, qui deviendra donc une graine.

    Côté pratique, en plus d’être un excellent bois de construction, on fait de la liqueur de mélèze. M’enfin on fait de la liqueur avec n’importe quoi, me direz-vous.

    cône femelle de mélèze
  • En théorie

    Carabe le coléo

    Dans le bel ordre des coléoptères, on trouve les carabes. Ces petits insectes se trouvent d’abord à l’état de larve, laquelle se transforme ensuite en adulte, ensuite apte à pondre à son tour. Il existe de nombreuses espèces de carabes, dont de nombreuses sont carnivores voraces. De fait, ils se nourrissent par exemple de limaces, de pucerons, de vers… qu’ils hachent en morceaux à l’aide de leurs mandibules. Je lui souhaite de se régaler dans le coin ! Et si vous avez apprécié L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, de Reif Larsen, vous aurez une petite émotion à côtoyer la famille qui héberge aussi les cicindèles !

     

  • En théorie

    En fer de ronce

    Le barbelé, ce maudit, celui qui freine les hommes et les bêtes, qui blesse les audacieux ou les insouciants. On en trouve dans toutes les campagnes, il fait partie du paysage.

    Avant lui, on utilisait des ronces pour jouer le rôle de barrage. Forts de cette observation, quelques malins, notamment du Français Janin, prototypent et fabriquent des fils de fer acérés. Puis l’Américain Glidden dépose en 1874 le brevet du fil de fer barbelé, traduction de barbed wires ou brambles wire. Plus poétiquement, il est aussi appelé « fil en fer de ronce » ou « fil de ronce artificiel ». Le barbelé  permet alors de clôturer des zones immenses sans demander le temps d’installation et d’entretien des ronces ou des barrières en bois. Dans le Wild West américain, les éleveurs installés commencèrent à clôturer leurs terres pour empêcher les nouveaux venus d’y laisser pâturer leurs troupeaux. Ces tensions engendrent alors la Fence Cutter Wars, la Guerre des coupeurs de clôtures. Ca aurait pu être le titre d’une saga en plusieurs tomes !

     

  • En théorie

    Les arbres-ogres

    Vous avez surement déjà vu cette photo d’un arbre qui a englouti un vélo. Ou plus communément, vu des arbres qui digèrent lentement les pancartes qui sont clouées dessus dans les allées du bois d’à côté. C’est que l’écorce d’un arbre sert à le protéger. Quand l’écorce est meurtrie, le risque d’infection apparait, et l’arbre va donc faire en sorte de colmater la brèche le plus vite possible. C’est à dire assez lentement, de notre point de vue. Certaines blessures, qui peuvent nous paraître minimes, déclenchent pourtant tout le processus de cicatrisation. Ainsi, un barbelé attaché à un arbre avec une agrafe. D’un côté, il y a les petits trous causés par l’agrafe. De l’autre, il y a le frottement continu du barbelé sur l’écorce. L’arbre va alors créer un bourrelet, créé grâce à la multiplication anormale des cellules avoisinant la blessure. On peut lire ici que :

    « cette prolifération aboutit à la formation d’une masse de tissus cicatriciels, appelée cal, sur le pourtour de la blessure. Le cal affecte la forme d’un bourrelet qui va peu à peu recouvrir toute la surface blessée, d’où le nom de bourrelet de recouvrement. Les tissus formant ce bourrelet sont de même nature que ceux de la tige de l’arbre : on y trouve une masse de bois recouverte d’écorce. Cependant, les éléments dans le tissu cicatriciel sont sinueux et irrégulièrement enchevêtrés (le bois est madré ou ronceux). »