• En théorie

    Je suis une fougère

    Bizard, aquiline, commune, impériale, porte-aigle… dite aussi grande fougère ou, plus communément, fougère aigle. Pteridium aquilinum (du grec pteris : fougère et aquila : aigle…).

    D’abord, pourquoi ce nom ? Deux explications sont en concurrence : soit le haut de la plante rappelle ce rapace, soit c’est la tige qui, sectionnée proprement, rappelle un aigle impérial à deux têtes.

    Coupe d'une crosse de Pteridium aquilinum
    Rasbak, Coupe d’une crosse de Pteridium aquilinum

    Elle pousse un peu partout, facilement en altitude, plutôt dans des sols profonds et acides. Elle a un don pour l’invasion grâce à ses rhizomes qui s’étendent en contournant les obstacles, produisant des clones qui permettent à la colonie d’avancer sur le territoire. Par ailleurs, la colonie bloque la levée de dormance des graines, donc seules les graines qui éclosent avant que les frondes se développent ont une chance.

    Du coup la bonne nouvelle, c’est que c’est une ressource abondante. Et la vraie bonne nouvelle, c’est qu’elle a de nombreux avantages pour le jardin.

    La fougère se reproduit grâce à ses rhizomes, qui étendent la colonie clonale, ou grâce à ses spores. C’est donc une reproduction non sexuée, qui ne donne ni fleur ni graine. D’où la légendaire fleur de fougère du folklore slave.

    Paillage

    Fraiche, elle constitue un paillage intéressant grâce à sa structure : faciles à manipuler, les feuilles s’entremêlent et font un petit réseau, ce qui garantit qu’elle ne sera pas soufflée à la première bourrasque. Dans les couloirs de vent, je dispose des tronçons de tiges au-dessus pour faire un peu de poids.

    En fanant, elle attire les limaces tout en les intoxiquant. Ce manteau éloigne la piéride du chou tout en stimulant l’activité métabolique et de synthèse de la plante.

    Une fois fanée, on l’utilise aussi pour faire un bonnet anti-gel aux légumes d’hiver.

    Ce serait à vérifier, mais wiki nous apprend que bien qu’elle indique un sol acide, elle n’acidifie pas elle-même le sol et va plutôt en l’améliorant grâce aux grandes quantités de chaux qu’elle contient. Du coup, on peut espérer qu’en l’utilisant en mulch elle rende disponible le calcaire pour les autres plantes. Ce serait particulièrement une bonne idée pour les tomates qui sont parfois sujettes à des petites carences (dans le cas où la cause serait réellement une carence dans le sol et non une incapacité de la plante à l’assimiler).

    Purin

    Souvent les purins permettent de donner un coup de fouet ou de prévenir les problèmes. Pour cette fois, le purin de fougère est une action curative insecticide dont l’odeur perturbe et repousse les méchants. On le prépare comme d’habitude, 1kg pour 10L d’eau, dans un fût à l’abri de la lumière, qu’on touille chaque jour jusqu’à ce que la fermentation soit visiblement terminée.

    Diluée à 10%, elle a montré des actions contre le taupin, le puceron lanigère, la cochenille des agrumes, la cicadelle de la vigne.

    Infusion

    Infusée dans une eau à 100°, elle donne le meilleur d’elle-même en temps que fongicide.

    Sources

    • Purin d’ortie et compagnie, Éditions de Terran, 2009
    • Guide technique des préparations à base de plante, Agrobio 47, Décembre 2012
    • Pteridium aquilinum

  • En théorie

    Les PNPP

    Ce sont les Préparations Naturelles Peu Préoccupantes. Elles regroupent des actions de phytothérapie qui permettent d’améliorer la stimulation d’une plante, la prévention des problèmes ou les action curatives. L’idée c’est que le produit soit absorbé par la plante, notamment par les cellules situées sous les feuilles qui font l’interface avec le monde extérieur pour les échanges eau/CO2.

    Pour faire un petit tour du sujet, voici le guide très complet et très clair d’Agrobio47.

    Forte de cette lecture, quelques rappels importants concernant les propositions évoquées la dernière fois contre les altises.

    Pour les décoctions et tisanes : gardons en tête que toute la phase de macération/cuisson/refroidissement se fait avec un couvercle pour éviter aux principes actifs de se promener dans l’air.

    Les préparations de sureau et d’ail sont ensuite utilisées pures en pulvérisation sur les feuilles, à l’aide d’un pulvérisateur. La circulation de la sève étant dynamique plutôt dans la partie haute de la plante le matin, on pulvérise plutôt très tôt le matin pour une assimilation optimale. Il faut veiller à asperger également le revers des feuilles car, déjà, on y trouve une grande concentration d’altises, et d’autre part, l’assimilation par les feuilles se fait par les stomates, qui sont majoritairement situés là.

    Par ailleurs, j’asperge également le pied des plants, plutôt le soir, quand la circulation de la sève est plus active vers les racines. Ça permet aussi, j’espère, de déranger les larves et les œufs qui se trouvent dans la terre. Déjà parce que ces préparations puent pour eux, et aussi parce que l’humidité n’est pas la passion des altises.

    On peut rajouter à ces préparation un mouillant, un additif qui modifie la tension superficielle de l’eau. Il permet de pulvériser en brume légère en évitant que les micro gouttes d’eau se rejoignent pour former une goutte d’eau, laquelle glisserait le long des feuilles au lieu de rester dessus. Il permet donc d’augmenter l’efficacité en permettant à la préparation de demeurer sur la feuille plus longtemps. On peut utiliser de l’argile verte délayée à raison de 2 ou 3 cuillers pour 10L d’eau, ou 100g de savon noir (qui a aussi des propriétés insecticides) pour 10L.

    Fougère aigle devant la serre
  • En théorie

    Moro le rapide

    Il est trapu, il vole comme un colibri en battant des ailes à fond, il peut rester immobile en vol, il a une longue trompe comme un long bec, et son vol hyper rapide vrombit… Il est complètement inoffensif, c’est le Moro-sphinx.

    Aussi appelé Sphinx colibri, il s’agit d’une espèce de papillons de la sous-famille des Macroglossinae (qui est aussi une sous-famille des chauve-souris…), cette dénomination étant issue du grec makris : longue, et glôssa : langue. Même si on est d’accord, pour ce lépidoptère, il ne s’agit pas d’une langue mais d’une trompe.

    Et donc, Moro arpente les massifs de fleurs dont il prélève le nectar que les autres ne peuvent atteindre grâce à sa spectaculaire trompe, souvent en vol stationnaire.

    Il est parfois appelé Sphinx du caille-lait, en référence à cette famille de plantes, les gaillets. En effet les femelles les affectionnent pour y déposer leurs oeufs, desquels éclosent rapidement de superbes chenilles. Son petit nom latin Macroglossum stellatarum fait référence aux stellaires, ces petites fleurs en étoiles, dont les chenilles peuvent aussi se nourrir.

    Mais comme il n’est pas très rustique, c’est aussi un bon migrateur, quoi qu’apparemment on en trouve de jeunes spécimens de plus en plus tôt au nord de la France, qui seraient donc nés ici.

    Son vol peut atteindre 50km/h en pointe, et la vitesse de battement des ailes est de l’ordre de 75 par seconde. C’est beaucoup ! Ca change des gros balourds de papillons. Par contre, toute cette vivacité, ça consomme.. Moro passe donc la quasi-totalité de son temps à se nourrir. Pour pouvoir battre des ailes. Pour se nourrir.

    Photo Jerzy Strzelecki, Moro sphinx et fleurs de Verbena

    Une des Pages Entomologiques d’André Lequet pour en savoir plus.

  • En théorie

    Il est venu le temps

    Des rires et des chantsdes cathédralesdes myrtilles

    Elles poussent facilement en altitude, et facilement sur sol acide : vous m’en voyez ravie. Ce petit arbrisseau appelé myrtille donne donc un fruit appelé myrtille, quoiqu’on puisse aussi leur préférer le petit nom d’airelle ou bleuet (qui sont par ailleurs des plantes complètement distinctes).

    Les petits fruits de Vaccinium myrtillus sont en forme de globes qui pètent sous la dent et sont délicieux. On les cueille très bien à la main, globule par globule, en chantonnant dans les sous-bois, mais les plus pressés utilisent un peigne que les Vosgiens appellent riffle.

    La cueillette au peigne, car elle abime un peu le système végétatif de la plante, est réglementé par chaque département qui donne la date à partir de laquelle elle est autorisée. Mais pour l’Allier, je n’ai pas su trouver…

    L’élégante fleur de myrtille
  • En théorie

    Turquoise le métallique

    Ces papillons métalliques font partie du genre Adscita, aussi appelés Procris (car ils font partie de la sous-famille des Procridinae) ou Turquoises (car l’espèce type qui a servi à son découvreur en 1783 a été nommée Adscita turcosa). Il en existe de très nombreuses espèces, dont les plus observables ici sont Turquoise de la Sarcille et Turquoise des Cistes (plus rare), mais les différencier est assez compliqué, voire impossible sans un examen des pièces génitales. Nous nous arrêterons donc à dire qu’il s’agit d’un Turquoise :)

    Il faisait partie du sous-ordre aujourd’hui obsolète des hétérocères, c’est-à-dire des « papillons de nuit », par opposition au sous-ordre des rhopalocères qui sont les « papillons de jour ». Néanmoins, de nombreux « papillons de nuit » volent de jour, parfois exclusivement. En fait, ces deux anciens sous-ordres classaient ces insectes non pas selon leur préférence diurne ou nocturne, mais selon le type d’antennes. Ainsi, les rhopalocères (du grec rhopalon : massue et keras : antenne) ont des antennes en forme de… massue. Les hétérocères (du grec heteros : autre) regroupe toutes les autres formes d’antennes.

    Chez les Turquoises, les antennes des mâles sont massives et pectinées (en forme de peigne) alors que celles des femelles sont effilées.

    Les antennes des lépidoptères sont des organes olfactifs. Le fait d’en avoir deux séparés permet une meilleure efficacité dans la localisation de la source du parfum, un peu comme nos deux oreilles peuvent localiser les sons. Plus l’antenne est ramifiée, plus elle est efficace. Les papillons qui volent la nuit ont donc des antennes imposantes qui leur permettent de se repérer et de trouver leurs fleurs sans y voir goutte. Les mâles peuvent en avoir des plus grosses (!) que les femelles car ce sont eux qui vont suivre les pistes de phéromones qui les mèneront à leur belle. Notons pour finir que l’olfaction est un sens majeur des papillons, assuré non seulement par les antennes, mais aussi par la trompe, les palpes et les ailes. Un peu comme si on avait des narines partout ^^


    papillon Adscita, dit aussi Turquoise
    Dame Turquoise

  • En théorie

    T’es un pissenlit ou pas ?

    Dent-de-Lion, florin d’Or, laitue de Chien, coq, cochet, groin de porc, salade de Taupe, fausse Chicorée, couronne de moine, baraban, cramia… Autant de noms vernaculaire pour autant de plantes de l’espèce Taraxacum, qui regroupe plusieurs plantes comestibles. C’est le lot des fleurs communes que d’avoir plusieurs noms, dont certains désignent parfois plusieurs plantes. Ce qui n’aide pas à les identifier. Déjà qu’elles se ressemblent un peu toutes. Voilà pourquoi dès qu’on voit un pompon jaune on sera tenté de l’appeler un pissenlit. Alors qu’il pourrait s’agir de la porcelle, de l’épervière, de la picride, du laiteron… Souvent, l’observation de la fleur même ne donnera pas beaucoup d’indications, aussi vaut-il mieux regarder le reste. Ca vaut le coup de se pencher sur le sujet si on a l’intention d’en manger, entre autre.

    Un capitule de pissenlit

    Notons que toutes ces plantes font partie de la famille des Astéracées, aussi appelée famille des Composées. C’est que justement, ce pompon, qu’on appelle d’habitude une fleur, c’est en fait des fleurs. Dans notre pissenlit, chaque languette jaune, que l’on appelle à tort un pétale, est en fait une fleur. Et toutes ces fleurs sont groupées en pompon : le capitule. Ça donne envie de regarder de plus près non ? :)

    Vous trouverez sur Bota et Phyto so Flo de quoi faire pour différencier les Astéracées.

  • En théorie

    La danse de l’abeille

    Les abeilles ne partent pas toutes à l’aventure, au hasard, pour trouver une source de nourriture abondante. Ce qui explique pourquoi certains buissons fleuris « bourdonnent » d’une grande activité. En effet, les ouvrières qui localisent un festin rentrent à la ruche et font passer le message en langage abeille : avec des signaux tactiles (on se tripote les antennes), olfactifs ou chimiques, ou encore par une série de mouvements très codés que l’on nommera poétiquement : danse. Notons que l’on ne danse pas pour rien; une découverte qui vaut d’être dansée est évaluée par rapport à la quantité de nectar, mais aussi à sa concentration en sucre.

    La danseuse est ainsi capable de transmettre de nombreuses informations, comme la direction à suivre par rapport au soleil (dont la course varie dans notre ciel, en plus, mais heureusement les abeilles possèdent un sens inné du temps qui passe, doublé d’une perception de la lumière polarisée du soleil qui leur permettent de savoir où est le soleil rien qu’en regardant un bout de ciel bleu), la distance à laquelle se trouve le banquet, la nature de ce dernier… Plusieurs types de danses ont été identifiées, comme la danse en rond ou encore la danse frétillante, qui implique de faire vibrer son abdomen en émettant un bourdonnement.

    Vous savez quoi faire la prochaine fois que vous trouvez un truc bon à manger ;)


    Abeille sur Cognassier splendide
    Apis mellifera sur Chaenomeles speciosa

    Pour en savoir plus, vous pouvez aller consulter cette mine d’informations. Vous pourrez par exemple découvrir la « danse de l’essaim »…

  • En théorie

    Le Grand collier argenté

    Grand collier argenté
Boloria euphrosyne

    Aussi connu sous le nom de Nacré sagitté, le papillon Boloria euphrosyne vole tout l’été près du sol, s’arrêtant régulièrement pour se nourrir de fleur comme la bugle. Notons les deux grandes « perles » blanches au milieu de l’aile, ainsi que sept autres le long de l’aile postérieure, qui lui valent son nom anglais : Pearl-bordered Fritillary.

  • En théorie

    Le fruticuleux

    On en voit souvent, mais on n’en sait pas grand chose… Lichen, c’est son petit nom issu du grec leikhên, qui désigne cet organisme qui vit par exemple sur l’écorce des arbres, comme un parasite, et c’est pourquoi « lichen » qualifiait aussi des maladies de peau (dartre, lèpre, cal…). D’ailleurs, l’étymologie est λει ́χειν : « lécher », ainsi que nous l’apprend le CNRTL : « La plante et la maladie ont été ainsi nommées en gr. parce qu’elles semblent lécher leur support. »

    Mais revenons à nos petits parasites. Après les avoir été classé avec les algues, puis les mousses, le lichen finit par avoir sa branche spéciale au sein du règne végétal, aux côtés des champignons et des bactéries, c’est-à-dire avec les « bizarres ». En effet toute la bande est rangée dans la section des Cryptogames (qui n’ont pas de fleurs) et dans la sous-section des Thallophytes (qui n’ont pas de racines, ni de feuilles, ni de tiges). Bref ils n’ont pas grand chose. Ça en fait déjà des petits avortons…

    C’est que la question est singulière. En 1867, le botaniste Schwendener fait l’hypothèse de la double nature des lichens, champignon et algue, sous forme de parasitisme. En effet, le terme symbiotismus n’est proposé qu’en 1877 par A.B. Frank : la symbiose est la vie en association intime et durable de différentes espèces, sous forme mutualiste ou parasitaire.

    Au terme de longues querelles et de moult recherches, nous en sommes là pour le moment : les lichens sont des organismes composites résultant d’une symbiose entre au moins un champignon (le mycobionte de l’affaire) et une algue ou une cyanobactérie (le phytobionte de l’affaire). Déjà je trouve ça dingue. La plupart des lichens nécessitent un troisième partenaire de type levure. Leurs corps s’appelle un thalle.

    La page wiki nous en apprend déjà beaucoup. Parmi la foule d’informations, si vous êtes pressés, retenons que :

    • le champignon fournit la protection, les sels minéraux, l’humidité / l’algue fournit les nutriments issus de sa photosynthèse
    • leur reproduction peut être asexuée, sexuée, végétative (ils se donnent toutes les chances là)
    • leur croissance est extrêmement lente : 5mm maximum par an
    • ils sont super résistants à tout : sécheresse, températures extrêmes (-196 à +90°C), rayons UV intenses
    • deux espèces de lichens ont été envoyés dans l’espace en 2005 lol
    • plusieurs animaux, notamment des papillons, des rennes et des humains s’en nourrissent
    • ils sont des indicateurs de pollution et peuvent notamment stocker des éléments toxiques, comme tous les champi, donc on devrait quand même faire gaffe avant de s’en nourrir. Mais quand ils sont là c’est plutôt que l’air est de bonne qualité
    • il existe des variétés toxiques
    • on a préparé du pain avec une petite cuiller de lichen moulu : ç’a un goût d’humus et de champignon, ça nous a plu. Il parait qu’il peut servir d’agent de fermentation et remplacer ainsi la levure, mais pour nous ça n’a pas réussi
    • ils ne causent aucun mal à vos arbres
    Evernia prunastri, dit aussi Mousse de chêne ou Lichen fruticuleux

    Pour en savoir plus sur l’histoire passionnante de la « découverte » du lichen et sur les controverses qui s’en suivirent, sur ce qu’est un lichen et tout et tout, je vous conseille l’incroyable, tant pas le fond que la forme, site de l’Association Française de Lichénologie.

  • En théorie

    Mais où est Mai ?

    Si vous aussi vous avez été surpris par le refroidissement sévère, tranquillisez vous ! Ce phénomène arrive tout le temps depuis la nuit des temps ! Un petit poème-boutade pour attendre les beaux jours :

    C’est un ménage d’enfer,

    L’almanach et le thermomètre

    Ne peuvent d’accord se mettre;

    L’un dit printemps et l’autre hiver.

    Nous avons un triste ordinaire

    De grêle, de pluie et de vent;

    Un grisâtre horizon, souvent

    Éclairé d’un coup de tonnerre.

    On dirait que le mois de mai

    Est relégué dans quelque idylle

    Ou que tel qu’un luxe inutile,

    Cette année on l’a supprimé.

    Emile Deschamps, Oeuvres complètes, 1872