• En théorie

    La coccinelle à 22 000 points

    Elle a tout à fait la forme d’une coccinelle, avec des points et tout. Sauf qu’elle est jaune et que des points elle en a plein : la coccinelle à 22 points – qui dit mieux ? Elle répond au doux nom de Psyllobora vigintiduopunctata, psyllobora comme toutes les coccinelles, vigintiduopunctata comme.. 22 points. D’ailleurs, pour le comptage des points, on se contente de ceux présents sur les élytres (les ailes), y compris celui qui dépasse sur le haut du corps. Sinon ça lui ferait 26 points ^^

    Soyons clair sur deux points : non, les points n’indiquent pas leur âge mais sont spécifiques à l’espèce, et non ce n’est pas parce qu’elle est bizarre qu’elle n’est pas de chez nous.

    Sa petite spécialité, c’est de manger l’oïdum, ce champignon qui s’installe facilement sur nos cultures en fin de saison. Du coup sa période optimale de reproduction, c’est en même temps, afin que les larves puissent se nourrir facilement. D’ailleurs la larve a tout à fait les mêmes couleurs, donc facile à reconnaître. Donc : on est gentil avec la coccinelle on la laisse tranquille ! Et les autres insectes aussi d’ailleurs !

    Coccinelle à 22 points

  • En théorie

    La « qui pue au nez »

    Eurydema ornata (eurydema : corps élargi, ornata : ornée) est la punaise ornée, aussi appelée punaise rouge du chou. Et devinez ce qu’elle mange.. C’a été l’occasion pour moi d’apprendre le mot « déprédateur » : « personne ou animal qui occasionne des dégâts » (latin depraedator : pillage, qui vient lui-même de praeda : proie, qui vient lui-même de prehendo : prendre). Bref, cette punaise boulonne les brassicacées.

    Et pourquoi l’appelle t-on punaise au fait ? Il s’agit du féminin de punais, du latin nariputens : qui pue au nez (nasus : nez, puteo : puer) (au passage on note que puteo est l’origine commune de « puer » et « putride »..)

    Après avoir hiberné, les adultes s’accouplent au printemps. Pour une fois c’est le mâle qui émet de phéromones pour attirer la femelle. Trois à cinq semaines plus tard ils sont les heureux parents d’une vingtaine d’œufs collés sous une feuille. Au bout de 6 semaines, ils sont à leur tour adulte. Et un adulte peut pondre jusqu’à 7 fois… Toute cette petite famille se nourrit essentiellement en ponctionnant le liquide cellulaire des feuille. Selon la vigueur de l’attaque, la feuille peut jaunir, et le pied mourir. (INRA)

    La punaise rouge du chou, on peut quand même s’attendre à ce qu’elle soit rouge. C’est le cas lorsqu’elle est adulte. Si vous en croisez une orangée comme sur la photo, c’est simplement un jeune individu.

    En fait quand on parle de punaise de choux, on regroupe deux espèces : Eurydema ornata et Eurydema ventralis. C’est vrai qu’elles ont le même cycle, le même comportement, et qu’elles se ressemblent beaucoup. Pour jouer à les reconnaître, c’est ici.

    Punaise ornée effectuant la danse de l’antenne
  • En action

    Elles sont légion

    L’altise est aussi appelée puce de terre. D’ailleurs son nom vient du grec haltikos : habile à sauter. Là-dessus, c’est raccord, ce petit insecte de quelques millimètres saute effectivement très bien. Et comme c’est un coléoptère, il est également doté d’ailes. Super.

    Il existe une variété hallucinante d’espèces, avec chacune ses préférences gustatives, mais la plus rencontrée doit être la puce du chou. Celle-ci s’attaque indistinctement à tous les Brassicacées. C’est assez étonnant de voir au jardin tous les navets, radis, choux, roquettes et consorts attaqués alors que les autres familles n’ont rien.

    Au début de la saison, j’ai vu qu’il y avait quelques altises, et je me suis dit : « c’est pas grave, il faut partager, le cycle des prédateurs va se mettre en place naturellement. » Apparemment, côté altise, la notion de partage n’est pas très appliqué. Elles ont fait disparaitre tous les choux repiqués plus tard dans la saison, et c’est bien le problème des semis/repiquage tardifs : nos plants sont tout petits et sans défense, mais les animaux gourmands ont eu le temps de se développer et sont nombreux. Mais le gros problème, c’est que la population est devenue délirante en quelques jours et a fait aussi disparaitre des choux adultes de bonne envergure. Autant dire qu’apparemment elles ne vont rien nous laisser. Et du côté de leurs prédateurs… ils ont visiblement peu d’appétit.

    Je ne connais pas encore de solution efficace pour le moment. Les voiles de protection sont surement très efficaces (si la vague d’altises ne provient pas déjà de votre sol) mais dans le potager, j’ai planté un peu tout un peu partout. Ce serait donc onéreux, fastidieux et moche. Je lis beaucoup qu’il « suffit » d’arroser abondamment. C’est vrai, quand j’arrose, les altises tombent par terre. Et puis… elles remontent. Et même si j’adorais passer ma journée à asperger mes plantes, en pleine vigilance eau, ce n’est pas forcément une idée brillante.

    Ces bestioles hibernent dans la terre, et recommencent leur cycle au printemps. Les œufs sont pondus dans la terre, plusieurs fois dans la saison, donnant naissance à plusieurs vagues de voracité. Les larves mangent les racines avant de se transformer et de s’élever vers le feuillage. Donc je suppose que si je laisse une multitude d’altises manger tous mes Brassicacées, non seulement il n’y aura pas de récolte, non seulement je ne peux plus semer des plants de cette famille tant qu’elles sont actives, mais en plus je peux m’attendre à une vague d’attaque printanière vraiment désagréable.

    Luttons !

    Ce qu’il reste d’une feuille de chou : un squelette
  • En théorie

    Moro le rapide

    Il est trapu, il vole comme un colibri en battant des ailes à fond, il peut rester immobile en vol, il a une longue trompe comme un long bec, et son vol hyper rapide vrombit… Il est complètement inoffensif, c’est le Moro-sphinx.

    Aussi appelé Sphinx colibri, il s’agit d’une espèce de papillons de la sous-famille des Macroglossinae (qui est aussi une sous-famille des chauve-souris…), cette dénomination étant issue du grec makris : longue, et glôssa : langue. Même si on est d’accord, pour ce lépidoptère, il ne s’agit pas d’une langue mais d’une trompe.

    Et donc, Moro arpente les massifs de fleurs dont il prélève le nectar que les autres ne peuvent atteindre grâce à sa spectaculaire trompe, souvent en vol stationnaire.

    Il est parfois appelé Sphinx du caille-lait, en référence à cette famille de plantes, les gaillets. En effet les femelles les affectionnent pour y déposer leurs oeufs, desquels éclosent rapidement de superbes chenilles. Son petit nom latin Macroglossum stellatarum fait référence aux stellaires, ces petites fleurs en étoiles, dont les chenilles peuvent aussi se nourrir.

    Mais comme il n’est pas très rustique, c’est aussi un bon migrateur, quoi qu’apparemment on en trouve de jeunes spécimens de plus en plus tôt au nord de la France, qui seraient donc nés ici.

    Son vol peut atteindre 50km/h en pointe, et la vitesse de battement des ailes est de l’ordre de 75 par seconde. C’est beaucoup ! Ca change des gros balourds de papillons. Par contre, toute cette vivacité, ça consomme.. Moro passe donc la quasi-totalité de son temps à se nourrir. Pour pouvoir battre des ailes. Pour se nourrir.

    Photo Jerzy Strzelecki, Moro sphinx et fleurs de Verbena

    Une des Pages Entomologiques d’André Lequet pour en savoir plus.

  • En action

    Des énigmes dans le noir

    Les petits trésors qui brillent dans la nuit, ici ce sont les vers luisants. Contrairement à son petit nom, Lampyris noctiluca n’est pas un vers mais un coléoptère, comme les scarabées. La confusion tient à la forme de la femelle : ni ailes, ni carapaces, c’est sûr que ça ressemble à une larve ! Heureusement le mâle sauve l’honneur de son espèce en présentant tous ses attributs.

    Le lampyre (du mot grec qui signifie « briller », contrairement à « lampe » qui vient du mot grec pour « torche ») n’est pas le même animal que la luciole, même si les deux sont de la même famille des Lampyridae.

    Dans les nuits de juillet, les femelles se mettent à luire bien fort pour attirer leur partenaire, qui pour leur part sont dotés de supers grands yeux pour les repérer. Tous les individus de cette famille sont luisants, donc émettent une lumière, et peuvent « s’éteindre ». Y compris les mâles, les larves et les œufs – trop stylé. Puis les larves vont aller s’enterrer pour passer l’hiver. Au printemps, elles se nourriront par exemple d’escargots ou de limaces – à la bonne heure !

    Alors, prêt pour la chasse aux œufs bioluminescents ?

    lampyre (vers luisant) femelle bioluminescente
    Lampyre femelle

    Une rapide vidéo de Castor Mother si vous avez la flemme de lire à ce sujet ;) et l’occasion de faire la connaissance de luciférine et luciférase (sont sur un bateau), deux petites molécules responsables de la bioluminescence.

  • En action

    Zelda’s bug

    Quand je l’ai vu je me suis dit « woua un insecte de la Triforce ». Cet insecte de l’ordre des hémiptères (antennes longues, pièces buccales faites pour piquer et sucer) est la douce Dolycoris baccarum, plus connue sous le nom de Punaise des baies. On l’identifie grâce à la partie haute de son corps qui semble porter des épaulettes, et la forme de la partie entre les ailes, qui rappelle… un bouclier ! En effet, elle est de la famille des pentatomes (Pentatomidae), dont les quelques 5000 espèces sont communément appelées punaises à bouclier ou punaises des bois. Il en existe plus de 5000 espèces à travers le monde.

    C’est un fait, cette punaise est végétarienne (il en existe des carnivores), et présente en masse elle peut vous doubler pour récolter. Mais ne la confondons pas avec Halyomorpha halys, dite Punaise diabolique (rien que ça…), même si les médias choisissent apparemment leurs photos au hasard pour illustrer leurs bafouilles. Pour les différencier, le site de l’inra nous aide.

    punaise des baies
  • En théorie

    La danse de l’abeille

    Les abeilles ne partent pas toutes à l’aventure, au hasard, pour trouver une source de nourriture abondante. Ce qui explique pourquoi certains buissons fleuris « bourdonnent » d’une grande activité. En effet, les ouvrières qui localisent un festin rentrent à la ruche et font passer le message en langage abeille : avec des signaux tactiles (on se tripote les antennes), olfactifs ou chimiques, ou encore par une série de mouvements très codés que l’on nommera poétiquement : danse. Notons que l’on ne danse pas pour rien; une découverte qui vaut d’être dansée est évaluée par rapport à la quantité de nectar, mais aussi à sa concentration en sucre.

    La danseuse est ainsi capable de transmettre de nombreuses informations, comme la direction à suivre par rapport au soleil (dont la course varie dans notre ciel, en plus, mais heureusement les abeilles possèdent un sens inné du temps qui passe, doublé d’une perception de la lumière polarisée du soleil qui leur permettent de savoir où est le soleil rien qu’en regardant un bout de ciel bleu), la distance à laquelle se trouve le banquet, la nature de ce dernier… Plusieurs types de danses ont été identifiées, comme la danse en rond ou encore la danse frétillante, qui implique de faire vibrer son abdomen en émettant un bourdonnement.

    Vous savez quoi faire la prochaine fois que vous trouvez un truc bon à manger ;)


    Abeille sur Cognassier splendide
    Apis mellifera sur Chaenomeles speciosa

    Pour en savoir plus, vous pouvez aller consulter cette mine d’informations. Vous pourrez par exemple découvrir la « danse de l’essaim »…

  • En théorie

    Carabe le coléo

    Dans le bel ordre des coléoptères, on trouve les carabes. Ces petits insectes se trouvent d’abord à l’état de larve, laquelle se transforme ensuite en adulte, ensuite apte à pondre à son tour. Il existe de nombreuses espèces de carabes, dont de nombreuses sont carnivores voraces. De fait, ils se nourrissent par exemple de limaces, de pucerons, de vers… qu’ils hachent en morceaux à l’aide de leurs mandibules. Je lui souhaite de se régaler dans le coin ! Et si vous avez apprécié L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, de Reif Larsen, vous aurez une petite émotion à côtoyer la famille qui héberge aussi les cicindèles !