• En théorie

    Avoir le bourdon c’est trop génial

    Contrairement à l’abeille, le bourdon est une des stars de la pollinisation vibratile : c’est une technique qui consiste à s’agripper à la fleur et à « vibrer » en activant les muscles du vol, faisant ainsi gigoter la fleur, et surtout ses anthères. Les anthères, ce sont les petits sacs de pollen au bout des étamines. Chez certaines plantes, les anthères sont déhiscentes (c’est-à-dire qu’elles s’entrouvrent naturellement, comme les siliques) et le pollen est ainsi libéré sans avoir besoin d’aide (voyez les fleurs de courgettes : on en a plein les doigts). Chez d’autres, comme au hasard une partie de nos solanacées ou les myrtilles, le pollen ne peut être expulsé qu’à travers les pores de l’anthère, et pour ce faire, il faut remuer les petits sacs. Les pollinisateurs qui exercent la pollinisation versatile sont donc particulièrement efficaces.

    Voilà pourquoi les tomates, pourtant auto-fertiles, ont besoin d’aide à la pollinisation quand elles sont cultivées dans de grandes serres sous atmosphère contrôlée. Pour y arriver, les producteurs utilisaient soit des vibrateurs électriques, soit une hormone provoquant la chute du pollen, soit des ouvriers, mais entre les coûts et les dommages faits aux plants, ils ont dû vite trouver une autre solution. Dans les années 90, avec l’aide de l’INRA, la nouvelle méthode est adoptée : l’installation d’élevages de bourdons.

    C’est que ces petites mémères ont bien des avantages : plutôt gentilles (quoi qu’elles piquent quand même), rustiques (pas regardantes sur les conditions météo), d’élevage plutôt aisé, qui ne connait pas encore le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles.

    Je voulais faire un petit topo sur les élevages de bourdons, mais je suis tombée sur ce document synthétique qui fait déjà le job.

    On notera cependant qu’on peut assister à un surbutinage, qui engendre trop de vibrations sur les fleurs, qui engendrent des malformations ou avortements des fruits.

    On notera également que l’on reproduit ici ce qu’on fait avec les abeilles depuis les années 60 : fort développement de l’élevage quasi industriel, avec une sélection génétique (et consanguinité) qui empêche l’espèce d’évoluer normalement, forte densité de population (et la menace sanitaire qui va avec), alimentation artificielle (avec des ingrédients pauvres qui ne permettent pas d’entretenir un organisme sain), exposition aux pesticides (les bourdons peuvent être aspergé de fongicides ou insecticides pour aller les répandre sur les plantes), etc. Puisque le vivant est considéré comme ressource. Et qu’on aime l’exploiter pour palier aux déficiences systémiques d’une méthode de culture / d’une vision du monde totalement ineptes.

    Alors, qui parie sur un petit syndrome d’effondrement des ruches de bourdons ?

    Sources

    Pollinisation vibratile

    Le bourdon, ce super insecte pollinisateur !

  • En théorie

    Capu & Bombus

    La capucine est une plante aux multiples vertus. Comestible (et délicieuse), jolie, plante relais pour focaliser les pucerons. Elle peut être grimpante, rampante et sa croissance rapide et facile en fait une fleur idéale tant en intérieur qu’en extérieur.

    Dans son milieu d’origine, au Pérou, ce sont les oiseaux-mouches qui assurent sa pollinisation. Ça tombe bien, leur long bec est tout à fait adapté à la morphologie de la fleur : le nectar est conservé tout au bout de son éperon. 

    fleur de capucine de profil

    Dans le coin, faute de colibris, ce sont les bourdons qui s’en occupent. Mais ils n’ont pas tous une langue assez longue pour accéder à la nourriture (dont Bombus terrestris, un des plus répandus chez nous)… Qu’à cela ne tienne : ils vont percer un trou sur le côté de la fleur afin d’y passer la trompe, faisant fi du mutualisme attendu pendant l’échange “je te donne du nectar mais tu balades mon pollen sur les autres fleurs”. Et ça mon p’tit bonhomme, ça s’appelle du vol de nectar, oui monsieur. Et cette perforation va ensuite continuer de profiter à d’autres insectes, qui s’abstiendront eux aussi de participer à la reproduction de la fleur. 

    Pirate !

    Petit problème écologique

    Les bouleversements actuels entraînent une raréfaction générale des espèces de fleurs. Pour être sûrs de survivre, les bourdons à trompe longue, adaptés aux fleurs comme la capucine, vont aller manger aussi dans les fleurs à corolle peu profonde. La sélection naturelle va ainsi privilégier les individus à trompe courte. Donc les fleurs à corolle profonde auront d’autant plus de mal à se reproduire. Déso.

    Sources

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_capucine

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Bombus

    https://uicn.fr/liste-rouge-flore/, regroupe des documents dans lequels on peut consulter les espèces menacées (de “préoccupation mineure” à “éteinte au niveau mondial”). On y apprend au hasard que 421 espèces endémiques de France sont menacées, sur les quelques 5000 que nous comptons. Et pas uniquement de rares spécimens d’orchidées, mais bien des espèces communes, qui nous suivent depuis la nuit des temps, comme la Nigelle des champs, mais que nos nouveaux modes d’exploitation du territoire et du vivant sont en train de détruire.

  • En théorie

    La danse de l’abeille

    Les abeilles ne partent pas toutes à l’aventure, au hasard, pour trouver une source de nourriture abondante. Ce qui explique pourquoi certains buissons fleuris « bourdonnent » d’une grande activité. En effet, les ouvrières qui localisent un festin rentrent à la ruche et font passer le message en langage abeille : avec des signaux tactiles (on se tripote les antennes), olfactifs ou chimiques, ou encore par une série de mouvements très codés que l’on nommera poétiquement : danse. Notons que l’on ne danse pas pour rien; une découverte qui vaut d’être dansée est évaluée par rapport à la quantité de nectar, mais aussi à sa concentration en sucre.

    La danseuse est ainsi capable de transmettre de nombreuses informations, comme la direction à suivre par rapport au soleil (dont la course varie dans notre ciel, en plus, mais heureusement les abeilles possèdent un sens inné du temps qui passe, doublé d’une perception de la lumière polarisée du soleil qui leur permettent de savoir où est le soleil rien qu’en regardant un bout de ciel bleu), la distance à laquelle se trouve le banquet, la nature de ce dernier… Plusieurs types de danses ont été identifiées, comme la danse en rond ou encore la danse frétillante, qui implique de faire vibrer son abdomen en émettant un bourdonnement.

    Vous savez quoi faire la prochaine fois que vous trouvez un truc bon à manger ;)


    Abeille sur Cognassier splendide
    Apis mellifera sur Chaenomeles speciosa

    Pour en savoir plus, vous pouvez aller consulter cette mine d’informations. Vous pourrez par exemple découvrir la « danse de l’essaim »…

  • En théorie

    Syrphe ?

    Y’a pas que les abeilles bien sûr, il y a aussi pléthore d’autres insectes qu’on est souvent bien incapables de nommer. Voici ce que j’imagine être un individu de la famille des Syrphes, une famille de mouches. On confond souvent ces insectes avec certains hyménoptères, autrement dit avec des abeilles ou des guêpes. Et on n’est pas les seuls…

    Les Syrphes sont connues pour imiter les hyménoptères, dans une forme de ce qui appelé le mimétisme batésien. Du nom de son découvreur, l’anglais Henry Walter Bates, ce mimétisme pousse les espèces inoffensives à se déguiser en espèces offensives pour éloigner les prédateur. Voilà pourquoi notre mouche se fait passer pour une guêpe. Pas bête !

    Par ailleurs, les syrphes sont nos amies (mais qui ne l’est pas ?). En se nourrissant de nectar et de pollen, elles pollinisent les fleurs, puis les femelles pondent sur des plantes présentant des pucerons afin que les larves s’en nourrissent quand elles seront nées. Bon appétit !

    Scaeva pyrastri, Syrphe du poirier, sur une fleur de roquette.